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Las Abuelas de Plaza de Mayo

Par Mélodie Vanesse

L’ONG "Las Abuelas de Plaza de Mayo", en français "Grand-mères de la Place de Mai", fut fondée en 1977 en réponse au coup d’État de mars 1976.
Elle a pour objectif de retrouver les enfants volés par la dictature militaire instaurée de 1976 à 1983 et durant laquelle des centaines d’enfants furent volés aux opposants politiques.

Aux origines de Las Abuelas de Plaza de Mayo

Porté au pouvoir à la suite d’un coup d’État en mars 1976, le général Jorge Videla instaure un régime militaire dictatorial, organisant méticuleusement la disparition de 30 000 opposants.
Pour la plupart âgées de 18 à 20 ans, ces victimes étaient étudiant(e)s, idéalistes ou encore syndicalistes.
Les mères de ces disparus décident alors de se retrouver chaque jeudi sur la place de Mai, qui s’étale face à la "Casa Rosada", le siège de l’exécutif argentin à Buenos Aires.
Et pour marquer leur appartenance au mouvement de protestation, elles se couvrent la tête d’un foulard blanc, ce qui aidera à médiatiser leur action.

Bien trop imbu de lui-même pour craindre une quelconque rébellion, le pouvoir en place était loin de s’imaginer que les mères et les grand-mères de la place de Mai allaient mener un combat commun durant plus de 30 ans. Grâce au soutien du monde entier, elles découvrirent au fil de leurs recherches que nombre de leurs filles et de leurs belles-filles étaient enceintes lors de leur disparition.
Ces mêmes filles qui, après avoir été enlevées, séquestrées, torturées, accouchaient avant d’être assassinées, leurs bébés étant ensuite confiés à des familles militaires.
En étroite collaboration avec les Madres de Plaza de Mayo, les grand-mères se lancent alors dans une recherche acharnée pour retrouver toute une génération de petits-enfants volés.

Le combat pour la vérité

Les Abuelas de Plaza de Mayo commencèrent leur quête en 1977 en demandant la restitution de 13 enfants. Elles se rendirent dans des orphelinats, consultèrent des archives, visitèrent de nombreuses institutions dans l’unique but de les localiser.
En 2004, plus de 400 enfants étaient portés disparus. Aujourd’hui, on sait que ce chiffre s’élève à environ 500. Dans la plupart des cas, les kidnappings de ces enfants ne furent pas déclarés par les familles, soit par ignorance, soit par incapacité, soit parce que personne ne savait que telle ou telle jeune fille était enceinte au moment de sa disparition.
Les enfants kidnappés furent privés de leur identité, de leur religion et de leur droit de vivre avec leur propre famille. Élevés par les bourreaux de leur mère, ils ne connaissent rien de leurs origines.

Depuis 1977, les Abuelas de Plaza de Mayo mènent leur action sur plusieurs fronts :
• enquêtes dans les tribunaux locaux et fédéraux pour rechercher les enfants nés sous X enregistrés et adoptés
• recherches de toutes les naissances enregistrées dans les bureaux gouvernementaux
• campagnes d’information pour attirer l’attention des jeunes sur leurs propres origines
Des annonces sont régulièrement publiées dans les journaux locaux pour
inciter les personnes ayant des informations à les divulguer sans crainte.

La création d’une banque de données génétiques

En 1982, alors que les grand-mères n’avaient encore retrouvé que quatre enfants, l’une d’elles tombe par hasard sur un article traitant de tests génétiques pour établir une paternité.
Ces tests n’en étaient encore qu’à leurs balbutiements mais les Abuelas de Plaza de Mayo réussirent à convaincre des scientifiques américains de rejoindre leur cause. La banque de données génétiques fut créée en 1987.

Adoptée en novembre 2009 sous l’impulsion des Abuelas de Plaza de Mayo, la loi 26.549 autorise les juges argentins à obtenir l’ADN des enfants enlevés autrement que par des prises de sang afin de faciliter les recherches.
C’est grâce à cette nouvelle loi que la banque des données génétiques nationale contient aujourd’hui plusieurs milliers d’échantillons d’ADN et de sang des familles comptant parmi elles des disparus.
Grâce à une collaboration étroite avec des universités et des scientifiques, les Abuelas de Plaza de Mayo ont pu rendre possible la preuve de filiation d’un enfant à 99,99%, même sans informations génétiques de la part des parents.

En honneur aux grand-mères, ce taux est aujourd’hui appelé indice de abuelidad (grand-maternité). Il est établi grâce aux analyses de sang des oncles, des grands-parents et des frères et sœurs.
La banque de données génétiques abrite aujourd’hui les précieuses données génétiques de 352 familles qui ont chacune connu la disparition d’un enfant au cours de la dictature, soit un total de près de 3000 personnes.

Les "grand-mères courage" récompensées

Aujourd’hui, l’association a permis de rendre leur identité à 114 enfants sur les 500 cas estimés.
En août 2014, c’est au tour de Estela de Carlotto, leader de l’ONG, de retrouver son petit-fils Guido disparu en pleine dictature argentine 36 ans auparavant.
Laura, la fille d’Estela, était une militante de l’organisation Montoneros. Elle avait accouché de Guido en 1978 dans une geôle de la junte militaire avant d’être torturée puis exécutée.
Son fils, lui, avait survécu. Après des années de doute sur ses origines, il s’est finalement décidé à faire un test ADN et a ainsi pu retrouver sa grand-mère.
La plupart des Abuelas de Plaza de Mayo ont aujourd’hui dépassé les 80 ans mais continuent à inspirer le respect et le courage aux quatre coins du pays.

En 2011, elles ont obtenu la condamnation des généraux Bignone et Videla à de lourdes peines de prison pour crime contre l’humanité.
Leur combat est toujours médiatisé et elles espèrent retrouver encore quelques enfants disparus avant de passer le flambeau à la génération suivante.

Entre 2008 et 2012, les grand-mères ont été proposées pour le prix Nobel de la paix à cinq reprises. En 2010, elles sont récompensées par le prix Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix institué par l’UNESCO.

Comme un dernier hommage, l’Argentine a annoncé au printemps 2015 la création d’un billet de 100 pesos en l’honneur des Mères et des Grand-Mères de la Place de Mai qui se sont battues toute leur vie contre les violations des droits de l’Homme commises durant la dictature.

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