Tout savoir sur les parcs nationaux argentins

Par Elsa Longaygues

L’Argentine … une immensité et une diversité de paysages qui invitent au voyage et à l’évasion. Des glaciers de Patagonie à la forêt sub-tropicale d’Iguazu en passant par le désert de sel et les montagnes colorées du Nord-Ouest, il y en a pour tous les goûts ! Consciente de l’importance de la conservation de ce patrimoine naturel exceptionnel, l’Argentine a mis en place tout un réseau d’espaces protégés parmi lesquels on retrouve les fameux parcs nationaux. Pour ne citer que les plus connus, vous aurez certainement entendu parler du parc national des glaciers dans le sud de la Patagonie ou encore du parc national des chutes d’Iguazu à la frontière brésilienne. Mais au fait, c’est quoi exactement un parc national ?

Vous avez dit parc national ?

Les parcs nationaux se définissent comme des zones naturelles protégées parmi les plus importantes d’Argentine. Actuellement, le pays compte 36 parcs nationaux répartis sur l’ensemble du territoire.

La majorité d’entre eux possède un écosystème précieux, une grande biodiversité de flore et de faune autochtone, incluant souvent des espèces en voie d’extinction. Un parc national peut également protéger des sites paléontologiques et/ou archéologiques lorsqu’il existe un fort contexte historique et social lié à la genèse d’un territoire et de ses peuples d’origine. Dans cette même idée, ils garantissent la diversité culturelle et le développement durable des communautés locales. Enfin, les parcs nationaux ont aussi pour but de promouvoir l’éducation environnementale, la recherche scientifique et un tourisme respectueux de la nature.

Ces zones protégées dépendent de l’État et sont gérées par l’APN, Adminitración de Parques Nacionales, organisme relevant du Ministère de l’Environnement et du Développement Durable. L’Etat les gère, les maintient grâce à des ressources publiques et leur accorde un très haut niveau de protection afin d’éviter leur exploitation et certains usages abusifs. C’est pourquoi plusieurs activités jugées nuisibles sont interdites dans ces zones, comme par exemple la chasse aux animaux sauvages, l’abattage d’arbres, la pêche, les feux de camp … etc …

Un peu d'histoire

L’actuelle Administration des Parcs Nationaux doit son origine aux travaux effectués en 1902 par le français Charles Thays (rebaptisé Don Carlos Thays par les argentins) qui, à la demande du gouvernement de l’époque, réalise une étude détaillée de la zone jusqu’alors peu connue, des chutes d’Iguazu. Suite à ses recherches, Charles Thays imagine un parc national de 25 000 hectares protégeant ce site extra-ordinaire, projet qui tardera plusieurs années à s’établir.

C’est finalement l’expert Francisco Pascuacio Moreno, grand visionnaire plus connu sous le nom de Perito Moreno, qui se voit confier la tâche de matérialiser cette nouvelle idée. En effet, quelques mois auparavant Francisco Moreno avait reçu de la part de l’État Argentin 25 « leguas cuadradas » (25 lieues carrées) de terres publiques en guise de remerciement pour l’ensemble de ses travaux et notamment pour sa participation en tant qu’expert dans la Commission ayant permis de délimiter la frontière entre l’Argentine et le Chili. Le 6 novembre 1903, il cède à la Nation dans une lettre de donation, trois lieues carrées, soit environ 7 500 hectares, de sa nouvelle propriété située à proximité du grand lac Nahuel Huapi dans le Nord-Ouest de la Patagonie, afin qu’elles «soient conservées comme parc naturel public». Le don est accepté le 11 février de l’année suivante, constituant ainsi le noyau primitif des zones nationales protégées. Finalement, le 8 avril 1922, après de nombreuses études et analyses, le Parc National Sud d’une superficie totale de 785 000 hectares voit le jour sur la base du parc naturel public souhaité par Francisco Moreno quelques années auparavant.

Parallèlement à la création du Parc National Sud et suite aux précédents travaux de Charles Thays, 75 000 hectares autour du site des chutes d’Iguazu sont achetées par le gouvernement en 1928 afin de créer un parc national.

A cette époque, un autre personnage important de l’histoire des parcs nationaux argentins fait son apparition. Il s’agit du Dr Exequiel Bustillo. Grâce à ses nombreux travaux, le 30 septembre 1934, la loi n ° 12 103 est promulguée. Elle constitue la base légale nécessaire pour la création de zones nationales protégées. En découlent la formation de l’Administration des Parcs Nationaux ainsi que la création officielle du parc national des chutes d’Iguazú et du parc national Nahuel Huapi, ce dernier étant basé sur le Parc National Sud.

L’Argentine devient ainsi le premier pays d’Amérique du Sud et le troisième pays du continent américain à ériger des parcs nationaux, suivant la voie tracée par les États-Unis et le Canada.

Petit à petit, la famille s'agrandit

Dans la continuité de ces deux premiers parcs nationaux, en 1937, quatre nouvelles zones protégées acquièrent le statut de parc national : le parc Lanin, le parc Los Alerces, le parc Los Glaciares et le parc Perito Moreno, tous situés dans la partie ouest de la Patagonie. Mais finalement comment un territoire se convertit en parc national ?

La création d’un parc national n’a pas de recette unique, bien au contraire, chaque zone protégée suit un processus différent qui lui est propre. Les diverses étapes de la formation d’un parc dépendent de son contexte social, historique, territorial et environnemental. Il s’agit d’un processus souvent long et complexe qui s’étend sur plusieurs années. Interviennent non seulement l’État national et l’État provincial concerné, mais aussi des résidents locaux, des techniciens, des scientifiques et des organismes sociaux, tels que des ONG ou encore des établissements d’enseignement.

Parfois, le domaine destiné à être protégé est obtenu par l’expropriation des terres. Cette démarche nécessite notamment une déclaration préalable d’utilité publique validée elle-même par un jugement. Le domaine peut également être acquis par donation, soit de particuliers, soit d’ONG internationales offrant ces terres dans le but qu’un nouveau parc national y soit créé. C’est le cas notamment du dernier parc fondé à ce jour, le parc national Ibera dans le Nord-Est de l’Argentine.

Zoom sur le parc Ibera et le rôle de Douglas et Kristine Tompkins

Le 5 décembre 2018, le Congrès national approuve la création du parc national Iberá dans la province argentine de Corrientes, assurant ainsi la conservation de 159 800 hectares. Les terres ont été données à cet effet par les fondations Flora y Fauna Argentina et CLT Argentina (Conservation Land Trust), fondée par feu l’homme d’affaires et écologiste Douglas Tompkins et son épouse Kristine.

Le nouveau parc national s’ajoute aux 553 000 hectares de marais et de zones humides du parc provincial Iberá adjacent. De cette façon, le plus grand parc naturel d’Argentine est formé : 712 800 hectares abritant des espèces animales uniques, une flore abondante et des paysages à nuls autres pareils.

Pour la petite histoire, en 1997, l’Administration des Parcs Nationaux argentins invite le couple Tompkins à visiter le pays avec l’idée d’agrandir plusieurs parcs naturels dans la région nord-est de l’Argentine. Au cours de ce voyage, les Tompkins découvrent les Esteros del Iberá et voient le grand potentiel de cette zone pour y générer un modèle de restauration des environnements et des espèces. Peu de temps après, Douglas Tompkins achète l’estancia de San Alonso, 10 000 hectares au cœur des marais, et fonde CLT (Conservation Land Trust) pour administrer ce territoire jusqu’à ce que le transfert à l’État argentin puisse se faire. Le processus d’acquisition de terrains auprès de parties privées se poursuit année après année jusqu’à atteindre plus de 150 000 hectares. Un projet rassemblant trois objectifs : créer un grand parc national, réintroduire des espèces de faune éteintes dans la région et promouvoir la destination écotouristique pour le bénéfice économique des communautés voisines.

Pour aller plus loin, consultez notre Charte du Voyageur Responsable

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